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Dimanche 28 juin 2009

L’Association des Ingénieurs de l’Ecole Mohammadia a organisé le Samedi 27 Juin 2009 à l'EMI son premier congrès sous le thème : «L'EMI, 50 ans de défis pour bâtir le Maroc de demain ». Je félicite les membres de l’équipe ayant œuvré pour la concrétisation de ce projet. Ce fût un bel événement, avec des discours intéressants, des échanges riches et une forte mobilisation et participation des anciens. Je remercie vivement les intervenants et je dis bravo aux organisateurs.

Les orateurs ont rappelé la forte dynamique économique, sociale et politique dans laquelle le Maroc est engagé depuis une dizaine d’années. Ils n’ont pas manqué l’occasion pour souligner les importants projets concrétisés et les chantiers d’envergure en cours de réalisation dans notre pays. Ils se sont tous accordés sur le rôle clef qu’a joué l’Ecole Mohammadia d’Ingénieurs dans la construction du Maroc moderne. Ils se sont interrogés sur l’image institutionnelle de l’EMI et sur les défis que l’école doit relever aujourd’hui pour bâtir le Maroc de demain.  C’était d’ailleurs le thème principal du congrès.

Le discours de Monsieur Meziane Belfkih, Conseiller de Sa Majesté, a positionné de façon pertinente le débat sur la formation d’ingénieurs au Maroc. Le conférencier a  souligné l’importance du capital humain pour permettre et accompagner le développement du pays. Il a insisté sur le déficit de la gouvernance du système d’éducation et sur le retard accusé en matière de recherche et de qualité de formation. Il a rappelé les besoins de l’économie marocaine en ressources humaines qualifiées qui se chiffrent, non pas à 10.000 ingénieurs ou 8.000 médecins, mais  probablement à une centaine de milliers de cadres.

Concernant la question « quel profil d’ingénieurs pour le Maroc de demain ? », M. Meziane Belfkih a insisté  sur l’importance d’un enseignement construit autour des valeurs, du savoir-faire et du savoir-être, avec une constance dans l’effort, une persévérance dans l’action et une audace dans la réalisation de projets ambitieux. L’ingénieur de demain doit être en mesure d’appréhender, de formuler et de modéliser des problèmes complexes avant de les résoudre en prenant en considération non seulement les contraintes technico-économiques, mais également les exigences environnementales et les conséquences sur le développement humain.

Monsieur le conseiller a souligné par ailleurs l’absence de convergence et de coopération entre les écoles d’ingénieurs et les universités au Maroc. Ce gap, s’il était comblé, permettrait de rattraper le retard accusé par nos établissements en matière de recherche et d’innovation. M. Meziane Belfkih a conclu son intervention par l’annonce d’un projet structurant pour la formation d’ingénieurs au Maroc et qui concerne la création, à Rabat et à Casablanca, de grandes écoles polytechniques qui regrouperaient les forces vives de ces deux régions, fédéreraient les moyens des leurs établissements respectifs, et profiteraient des synergies possibles pour atteindre l’excellence.  

Alors que le discours de Monsieur le Conseiller avait esquissé un cadre idéal pour un débat qui s’annonçait pertinent, les interventions qui ont suivi ont, à mon sens, focalisé essentiellement sur des points périphériques. Cela a été davantage orienté par l’animation des débats qui s’est principalement attachée aux constats et n’a pas su ouvrir les discussions pour aborder les questions de fond. Cette animation aurait pu être orchestrée, d’ailleurs, par des anciens de l’EMI qui ont une connaissance large de l’environnement socio-économique dans lequel ils évoluent en tant qu’ingénieurs et qui sont probablement animés par une volonté certaine de redorer le blason de leur école.

On a débattu de la perception de l’image intentionnelle de l’EMI, du dosage entre les volets technique et management dans la formation de l’ingénieur Emiste, des réalisations du lauréat de l’école pour le développement de l’administration public,  du rôle politique que peut jouer l’ingénieur de l’EMI, de l’incapacité de l’école à « retenir » ses lauréats après leur formation pour faire de la recherche, de la remise en cause de l’efficacité du système des classes préparatoires pour la formation d’ingénieur, etc.

Certains intervenants ont banalisé la formation d’ingénieur et la réduisaient au son strict volet technique qui concerne en l’« apprentissage et l’application d’une formule de calcul de béton armé », dixit un intervenant ! D’autres ont laissé croire que l’Ingénieur d’Etat que forme l’école est destiné principalement au secteur public. D’autres encore pensent fortement que c’est l’ingénieur de l’EMI qui ne permet par le développement de la recherche puisqu’il préfère évoluer tout naturellement au sein de l’entreprise.

Ces questions sont, certainement, très légitimes au moment critique où le paysage de l’enseignement supérieur, de la formation des cadres et de la recherche se redessine au Maroc à l’image de la mondialisation de l’enseignement universitaire, de la réforme de Bologne (LMD), de la délocalisation massive des diplômes français, de l’implantation au Maroc des universités et des écoles étrangères et  de la prolifération des écoles privées de formation d’ingénieurs. Ces dimensions ont été simplement esquivées dans les différentes interventions. Personne ne s’est posé la question de la place qu’occupe aujourd’hui notre école dans le paysage national de la formation d’ingénieurs. Nul n’a abordé le sujet du leadership de l’EMI 50 ans après sa création. Aucun ne s’est intéressé, comme il le faut, au rayonnement international de l’école. La Conférence des Grandes Ecoles Françaises, dans sa volonté de parrainer des prestigieuses écoles marocaines, a choisi, lors de son congrès qui s’est tenu à Rabat en 2008, l’EHTP et l’INPT !  

Il faut saluer le courage de notre association d’anciens qui a procédé à un diagnostic de la situation et de qui a commandité une étude sur l’image institutionnelle de l’EMI. C’est la preuve même de la prise de conscience des membres du bureau de l’AIEM de la nécessité pour notre école de s’inscrire dans la dynamique qu’initie son environnement pour rester pérenne. L’étude de l’image confirme des éléments évidents et connus de tous. Elle vient avec des constats dangereux sur l’érosion de la notoriété de l’EMI et sur la perte de sa place d’école d’élite, mais n’appuie cela par aucune statistique ni donnée chiffrée qui permet de valider  l’ampleur du phénomène.

Cette étude demeure à mon avis embryonnaire tant que l’établissement de la perception de l’école n’intègre pas la totalité des partenaires. Cette étude a-t-elle concerné les étudiants de l’EMI ? Les taupins, futurs étudiants de l’EMI ? Leurs parents ? Les enseignants ? Les partenaires industriels ? Les partenaires étrangers ? Les employeurs des lauréats de l’EMI ? Les cabinets de recrutement ? Les autres écoles de la place ? Etc. Certes l’avis des anciens est fondamental dans la définition de l’image de l’école mais son positionnement ne peut s’opérer que sur un échiquier où la concurrence est de plus en plus féroce. Pour se rendre compte de cette réalité, il faut juste se poser la question sur la place qu’arrive à décrocher aujourd’hui la majorité des jeunes lauréats de l’EMI au sein des entreprises et leur évolution de carrière.

La conclusion de l’étude met en avant la nécessité pour l’EMI d’élaborer un projet et de l’inscrire dans un cadre national. L’étude souligne que ce projet ne pourra être envisagé sans une décision politique forte pour l’appuyer. La définition d’un tel projet reste toutefois très vague et la référence à la seule décision politique fait craindre que les changements escomptés risquent de tarder à ce que réaliser si on ne compose pas avec les acteurs économiques. Ceux-ci n’ont d’ailleurs pas pris part au débat, surtout si on sait que le secteur privé emploie une large majorité des ingénieurs de l’EMI. Etonnant ! 

Ce qui est encore plus étonnant c’est que l’étude de l’image ne soit pas l’initiative de la direction de l’EMI. La non-participation de cette direction et de son ministère de tutelle dans les débats qui ont eu lieu interpelle ! Rappelons que cet événement a été organisé, à l’occasion du 50ème anniversaire de la création de la première et la plus prestigieuse école du royaume.

Notre école a formé 6000 ingénieurs sur 50 d’existence. Ce chiffre est loin de celui qu’on annonce pour le programme 10.000 ingénieurs à l’horizon 2010 et pour lequel on mobilise toutes les écoles d’ingénieurs qui doublent leurs effectifs, parfois à budget constant. Les questions fondamentales à mon avis qu’on aurait du se poser, avant de verser la multiplication des effectifs et la prolifération des spécialités, est de savoir si les 10.000 ingénieurs dont a besoin le Maroc pour bâtir son économie ont tous le profil de celui de l’ingénieur EMI. La formation élitiste de notre école a certainement des avantages indéniables dans la préparation des cadres dirigeants du Maroc demain. Mais, l’EMI, a-t-elle aujourd‘hui les moyens suffisants lui permettant de se positionner en leader sur ce créneaux et de concurrencer les écoles marocaines et étrangères ? Arrivera-t-elle seule, dans le contexte actuel, à bâtir le Maroc de demain ?

J’ai l’impression que dans les échanges nous sommes restés très nombrilistes dans notre vision du monde et que nous avons adopté une approche essentiellement rétrospective du problème. Nous avons perdu de vue, dans ce débat, les orientations stratégiques définies dans le discours de Monsieur Meziane Belfkih qui nous a donné l’opportunité d’élever le débat. Nous avons oublié que désormais, et indépendamment de notre volonté, l’EMI ne peut plus exister seule, qu’elle doit composer avec d’autres acteurs, collaborer avec d’autres écoles et s’ouvrir aux partenariats universitaires régionaux, nationaux et internationaux. Nous devons nous rappeler que l’excellence se construit, que la reconnaissance se mérite et que c’est la pertinence économique qui induit et fléchit la décision politique.

Le projet d’une grande école polytechnique à Rabat est en phase de construction. L’EMI a l’expérience pédagogique de 50 années d’existence et la forte densité de son réseau d’anciens, ce qui lui permettrait de jouer le rôle de catalyseur de ce nouvel agrégat. Toutefois, nous ne devons pas négliger le potentiel des autres écoles de la place qui ont, elles, l’avantage de la jeunesse de leur corps académique, du dynamisme  qu’elles affichent vis-à-vis de leur environnement économique et de l’agilité de leurs modes de gouvernance. Ceci leur confèrerait probablement le rôle de leadership dans la conduite de cette grande école polytechnique.

J’aurai tant aimé que les acteurs les plus concernés débattent les vraies questions à l’occasion de ce congrès. Mais ce n’est que le premier dans son genre et qui démontre combien nous ingénieurs et anciens de l’EMI, avons besoins de ce type de manifestation. Je réitère mes félicitations et remerciements à l’AIEM pour l’organisation de cet événement.

Fouad Riane, Promotion 1993.

Par Fouad Riane - Publié dans : A Lire !
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Commentaires

Merci pour ce compte rendu de ce grand jour que j'ai raté vu que je suis en mission hors Maroc.
ça fait enormément plaisir aussi de voir ce niveau d'analyse des faits et de la conjoncture actuelle de notre prestigieuse école "EMI".

Je récidive mes remerciments pour cette publication.

Avec le grand respect,
Jamal Zalagh (Promotion 2004)

Commentaire n°1 posté par Jamal Zalagh le 29/06/2009 à 13h36
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masters dissertation
Commentaire n°2 posté par masters dissertation il y a 5 jours à 14h42
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