L'opinion, numéro 15.225, jeudi 19 avril 2007
La Faculté Polydisciplinaire d’El Jadida (FPJ) de l’Université Chouaib Doukkali a organisé en Collaboration avec les Facultés Universitaires Catholiques de Mons en Belgique (FUCaM), les 11 et 12 avril 2007, ses premières journées sur la Création d’Entreprise et l’Innovation, sous le thème « Création d’Entreprises : Mythe ou réalité».
Ces journées ont été programmées dans le cadre d’un projet de coopération bilatéral entre le royaume du Maroc et le Commissariat Général aux Relations Internationales Wallonie-Bruxelles. Ce projet, géré par les professeurs Abdelaziz Chakif, vice doyen de la FJP et Fouad Riane, professeur aux FUCaM, vise à soutenir la FPJ dans le développement de ses programmes de formation, notamment la licence professionnelle en « gestion industrielle, innovation et création d’entreprise ».
Ce type de programme traduit la volonté de l’Université Chouaib Doukkali de promouvoir l’esprit de création des entreprises. Cette volonté s’inscrit dans la lignée de la politique nationale d’encourager l’investissement et la création d’entreprises en leur offrant un environnement favorable et attractif. Cette politique est confirmée dans le Discours Royal prononcé à l’occasion de la fête du trône de l’année 2005 : « … Nous réaffirmons que nous plaçons la création de l’emploi pour les jeunes en tête de nos préoccupations… ».
Plusieurs acteurs académiques et socio-économiques ont débattu à El Jadida et ce, 2 journées durant, diverses questions relatives à la création d’entreprises avec une grande mobilisation des enseignants de la FJP et une forte participation de ses étudiants.
La création d’entreprises est considérée comme une source potentielle d’emplois et une réponse probable au problème de chômage. L’intérêt pour l’entrepreneuriat a connu une véritable explosion dans toutes les économies qu’elles soient développées ou émergentes.
Perçue comme étant un moteur stratégique de redéploiement économique, de création d’emplois et de croissance, la création d’entreprises est de plus en plus à l’ordre de jour des agendas de notre gouvernement et nos politiciens. La promotion de l’esprit d’entreprise et l’encouragement à la création de nouvelles activités font partie de toute politique régionale de diversification et de développement économique. C’est le cas de région d’El Jadida qui, à l’instar des autres régions du Maroc, ne pourra se développer sans que des entrepreneurs ne prennent le risque d’initier de nouveaux projets et sans qu’ils ne relèvent le défi de la création d’entreprise.
Les pouvoirs politiques marocains, tant au niveau national que régional, soutiennent toute initiative qui vise à stimuler l’entrepreneuriat. Plusieurs mesures incitatives, différents programmes de soutien et nombres de structures d’appui, assistent les promoteurs et leur facilitent le processus de concrétisation de leur projet. Le colloque de la FJP a permis de réunir les représentants de ces structures au niveau régional, notamment l’ANAPEC, le CRI, Moukawalati, la délégation du commerce et de l’industrie, l’incubateur d’entreprises de la zone industrielle d’El Jadida, l’Association des Femmes chefs d’Entreprises au Maroc etc.
La matinée de la première journée du colloque a permis de dresser un large panorama des différentes mesures et structures d’appui et de mettre la lumière sur les instruments permettant de rendre possible l’acte d’entreprendre.
La question de l’approche genre dans la création d’entreprises était au centre des discussions. L’intervention de l’AFEM a mis l’accent sur le déficit participatif de la femme dans la sphère économique et sur la nécessité du réseautage pour encadrer, appuyer et soutenir les femmes désireuses des créer des activités nouvelles.
Les statistiques liées à la création d’entreprises au Maroc, et plus particulièrement à El Jadida, confirment que si l’acte d’entreprendre est rendu, aujourd’hui, possible et à la portée de tout un chacun, les dimensions de désirabilité et de capacité, tant personnelles qu’environnementales sont importantes et ne sont pas suffisamment intégrées dans les préoccupations actuelles des structures d’appuis.
Les travaux de la suite du colloque ont été donc consacrés à la discussion et à l’échange quant au rôle que l’université, et peut être plutôt dans le processus de formation, l’école, le collège et le lycée peuvent ou doivent jouer pour initier, stimuler et développer l’esprit d’entreprendre auprès des jeunes diplômés.
La montée en puissance de l’importance de l’acte entrepreneurial s’accompagne de plus en plus par le développement de formations universitaires à l’entreprenariat. On se pose dès lors les questions suivantes : Peut-on enseigner l’esprit d’entreprendre ? Si oui comment ? Selon quelle pédagogie ? Jusqu’à quel point les formations universitaires permettent de développer le désir d’entreprendre chez les jeunes ? Quels enseignements mettre en œuvre pour permettre de développer les capacités d’entreprendre chez les jeunes ?
Le processus de création comporte trois étapes principales : avant la création (l’étape ou l’idée se met en œuvre), pendant la création (étape ou l’étude de faisabilité du projet se peaufine) et après la création (étape du démarrage et développement de l’activité). Tout au long de ce processus, parsemé d’entraves et de situations à risque, les entrepreneurs ont besoin de sensibilisation, de formation, de conseil et d’accompagnement. Ils doivent être capables d’identifier, d’explorer et d’exploiter les opportunités qui s’offrent à eux. La formation et l’apprentissage peut donc s’articuler à propos de l’entrepreneuriat et pour l’entreprenariat.
L’acte d’entreprendre se décline dans des palettes très diversifiées de contextes et des situations. On peut entreprendre des activités sociales, associatives et économiques. On peut entreprendre en créant un nouveau produit, un nouveau service, en innovant ou en reprenant une entreprise existante. On entreprend comme on est, avec ses talents, ses défauts, ses qualités, ses forces et faiblesses ses habilités et ses maladresses personnelles.
La pédagogie d’enseignement devrait permettre de faire émerger la désirabilité chez l’entrepreneur et développer ses capacités à entreprendre. Elle devrait être tournée vers un enseignement responsabilisant et orientant avec un apprentissage participatif et proactif et une prise en charge par l’apprenant de son propre apprentissage. L’approche peut être également expérientielle favorisant l’exposition à l’information primaire, bâtie autour de projets et d’expériences réelles.
Le processus de création d’entreprises demeure toutefois jalonné d’entraves notamment d’ordres financiers, fiscales, juridiques et de communication. Comprendre les freins et les motivations des jeunes diplômés en considérant la variable risque perçue à la création d’entreprise est une dimension importante à prendre en en compte dans l’élaboration de tout programme de formation et de toute mesure d’aide, d’appui et d’incitation.
Le Maroc a entrepris nombreuses réformes, axées sur les PME notamment, pour leur permettre de jouer un rôle important dans le décollage économique et social et dans la création d’opportunités d’emplois dans tous les secteurs d’activités. On peut citer à titre d’exemple, la réforme des formes juridiques de la SARL, la réforme fiscale, la réforme du code du travail, la réforme du code des investissements, la mise en place d’un dispositif d’accompagnement et d’appui au financement, la mise à niveau de l’administration, la restructuration de l’agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC) et la réforme de l’enseignement supérieur. Cette réforme vise à doter nos entreprises de compétences nécessaires et développer un partenariat université-entreprises afin de mieux connaître les besoins du tissu socio-économique, de cibler les cursus universitaires, de développer la recherche développement, de développer la formation continue etc.
Ces réformes offrent au jeune entrepreneur marocain plusieurs opportunités, notamment de financement. Mais, une déficience dans la communication autour de ces outils, de ces mesures, des structures d’appui et en générale autour de l’esprit d’entreprendre, ne facilite pas l’acte de création.
La région d’El Jadida offre un cadre favorable à la création d’activités économiques nouvelles. Ces premières journées sur ce thème ont été articulées autour d’un programme dense et ont suscité un échange intéressant. Cela démontre combien ce sujet est d’actualité et intéresse, en premier lieu et au delà des collègues enseignants, des acteurs socio-économique, les étudiants, nos futurs entrepreneurs.
Nous sommes venus avec plusieurs interrogations. Nous pensions peut être que la création d’entreprises était un mythe. Les échanges et les témoignages apportés notamment par l’un ou l’autre jeune promoteur nous persuadent que la création d’entreprises est une réalité. Nous espérons avoir créé une dynamique au sein de la FJP qu’il faudra capitaliser, notamment en systématisant ce genre de rencontre, comme l’as souligné dans son discours d’ouverture, le professeur Mohamed Kouam, président de l’Université Chouaib Doukkali.